Souvenirs de mer

13 septembre 2005

U-Boot, la cible...

Une devise typique de la division "bateaux noirs" de la Royale nous dit :
- "Il existe deux sortes de navires, le sous-marin et la cible..."

(réparé le 23 Octobre 2008, suite l’accident informatique de Juin)

Elle annonce clairement la couleur, c’est en français autrement dit :
- "Avec nous on ne négocie pas, on cède d’abord, et on capitule peu après", exactement comme pour l’unité de la Légion Etrangère qui avait une "antenne" à côté de chez moi (en 1994) à Marseille dans le quartier de "la Belle de Mai". Son "siège" était près de la ville et les gars portent sur l’épaule une devise simplissime :
- "Ne pas subir". C’est clair, on ne se moque pas d’eux sans risque.

Ce qui suit est le partage de quelques souvenirs qui me furent racontés à bord du Pointe Sans Souci par deux anciens marins Allemands. Ils étaient à l’époque membres de la catégorie la plus dangereuse des "Bretons d’adoption", celle qui fut imposée car venue d’outre-Rhin à l’époque.

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Torpille Black Shark (tout un programme) pour Scorpène.

L’amiral Dönitz n’aurait pas renié la première devise et probablement pas plus l’autre, nous pouvons en être sûr.

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L’original n’est plus de ce monde, mais le Sans Souci existe toujours

Cela dit, lorsqu’il "travaillait" à Lorient Kéroman entre 1940 et la fin de 1942, il a aussi dû constater que la devise peut se lire (entre les mots) d’une toute autre façon, tout à fait redoutable.

En effet Napoléon disait :
- "Impossible n’est pas français".
- Nelson, Wellington et quelques autres lui ont expliqué que
- Ce n’était pas anglais non plus.

Plus tard, les successeurs de Nelson ont été obligés de pratiquer quelques re-éditions de la chose spécialement pour les U-Boot de Dönitz, Godt et Von Arnaud de la Perière, les grands chefs des sous-marins allemands. Ce dernier est mort en 1943 d’un étrange accident d’avion en Grèce. Il était bien connu pour "avoir souvent eu des problèmes" avec les nazis. De fait il avait deux ennemis.

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L’amiral Lothar Von Arnauld de la Perière (ici jeune Cdt de U-Boot en 1918)

Durant les deux premières années de l’occupation l’amiral Dönitz avait installé son QG dans un manoir réquisitionné près de Lorient Kéroman, qui fut appelé "château des sardines" à cause de son légitime propriétaire, un industriel de la conserverie.

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L’U-505 (aujourd’hui au musée des sciences et techniques de Chicago)

L’amiral Dönitz organisait fréquemment des réunions de commandants des sous-marins pour faire le point sur la situation et leur permettre d’échanger des informations utiles au combat de façon organisée ou informelle. D’autre part, Dönitz était toujours présent autant que possible lors du retour d"un U-Boot à sa base et il prenait alors soin d’interviewer son commandant sur la croisière de guerre qui venait de s’achever.

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L’amiral Dönitz en toutes les couleurs

L’amiral animait aussi régulièrement des repas de haute convivialité plus ou moins (plus que moins parfois) bien arrosés au cours desquels tout le monde était invité à raconter ses anecdotes maritimes. Là c’est sûr, nous avons manqué quelque chose, car lui arriva aussi de raconter les siennes...

Il "brassait" ensuite toutes les informations ainsi obtenues pour arriver toujours à en tirer de nombreux enseignements utiles techniquement et il s’ingéniait à les faire partager.
- Ces méthodes était assurément considérés comme peu orthodoxes par ses collègues de l’armée de terre ou de l’aviation, pour ne pas évoquer le reste de la marine. Mais lui, il "ne se plantait pas" ou très rarement...

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Toilette de U-Boot - Les sous-marins d’aujourd’hui n’ont aucun mal à être plus confortables (document secret militaire)

Pour illustrer la vulnérabilité, rien ne vaut une photo de secret militaire allemand absolu bien choisie. Lors d’une de ces réunions, quelques esprits chagrins évoquèrent l’éventualité d’attaques sournoises des U-Boot par des sous-marins anglais qui les attendraient à la sortie de leur base.
- Impossible ! Leur fut-il répondu.
- En effet, tout était prévu, filets, champs de mines avec chenal secret régulièrement modifié, surveillance par de nombreux "T-Boot" et par l’aviation etc. Cela était donc fort improbable mais à "considérer", sans même oser évoquer les nombreuses difficultés des côtes bretonnes, du large de La Rochelle ou de l’embouchure de la Gironde.

Tout au plus il fut admis que peut-être, un "petit" sous-marin anglais pourrait... Et encore, il fut pensé que celui-ci se planterait certainement dans les difficultés géographiques locales.

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HMS Seraph spécialiste des opérations spéciales (par exemple il récupéra secrètement le général Giraud)

Effectivement, ce ne fut pas un "gros" qui fit le coup la première fois. Plus grave, c’est arrivé vite, beaucoup plus vite que cela n’était craint à l’origine.

Pour les alliés, dès le début de la guerre la nécessité d’organiser des convois est rapidement devenu évidente. Du côté anglais l’utilisation de leur flotte de sous-marins devint l’objet d’un débat. Comment "s’en servir" au mieux contre l’Allemagne et l’Italie ?

Il ne fut pas très longtemps question de les engager dans la protection des fameux convois de l’Atlantique. En effet, avec le matériel de détection de l’époque, rien ne ressemblait plus à un U-Boot qu’un sous-marin anglais. De très regrettables erreurs les ont vite dissuadés de prendre l’habitude de faire participer des sous-marins à ces protections, même si cela pouvait surprendre les U-Boote.

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HMS Thames

Au contraire, on fit comme Dönitz qui donnait le bon exemple sur l’Océan Atlantique : on les a engagés contre les convois italo-allemands en Méditerranée (vers la Lybie) et contre les japonais en Asie du Sud-Est.

A cela ne pouvaient que s’ajouter toutes les autres utilisations sournoises, variées et sophistiqués qui sont naturellement le propre du sous-marin naviguant seul.
- Avec le recul du temps, je pense qu’il était inévitable qu’au moins un sous-marinier Anglais se trouverait aussi être un excellent plaisancier "voileux" et très bon connaisseur des côtes Françaises, et qu’il serait naturellement de ce fait, tenté par l’idée de retourner sur son terrain de jeux du temps de paix.
- Et là, ce n’était plus du tout pour jouer...

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HMS Affray

Quelques "voyages d’étude" furent donc planifiés pour chercher les bons coins où se mettre à l’affût, tirer puis s’enfuir vite et facilement par des itinéraires bien calculés à l’avance.
- La première croisière du genre fut une exploration des environs de l’île de Ré au cours de laquelle soudain une occasion idéale se présenta de torpiller pour ainsi dire "à bout portant", un U-Boot qui venait de quitter La Pallice et dont j’ai oublié le numéro.
- Il y eu de nombreuses victimes et l’effet de surprise fut absolu. La cible avait été rencontrée faisant route perpendiculairement en passant devant le tireur à moins de 150 mètres.

Il était presque impossible de louper son coup. Qui allait résister à la tentation, presque sous le nez de l’escorte qui était en train de s’éloigner en laissant le loup gris rejoindre sa meute pour faire de beaux cartons dans l’Atlantique ?
- Entendant le bruit de l’explosion, le temps que celle-ci fasse demi tour pour secourir quelques survivants ébahis et flottants, l’assassin avait déjà pris la fuite d’autant plus facilement, que sur le coup on pensa à un accident. En effet, les veilleurs n’avaient rien vu tellement c’était vite arrivé...
- Ce fut un crime parfait.

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Sous-mrin anglais WW II type P614

Bien sûr, les récidives furent plus difficiles. Un coupable se fit chopper ensuite par l’aviation peu après son forfait.

Bien navicalement Thierry Bressol - OR 1

"TUYAUX GRIS", SOUS-MARINS et/ou GUERRES Mondiales :

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Portrait d’un U-Boot type IX-B (Mike Rock)

- Le Prince Noir des hommes-torpilles
- L’espion du sous-marin Argo
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A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur


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