Souvenirs de mer

20 juillet 2005

Fête Nationale à bord d’un navire belge

La Fête Nationale est une excellente occasion pour mettre de l’ambiance et améliorer l’ordinaire du bord. Cela ne saurait être un vrai jour ferié, mais on peut faire confiance à tous les navigateurs du monde pour "marquer le coup".

La Fête Nationale à bord
- Lundi 21 juillet 2002 à 00h01, corrigé le 21 Juillet 2008

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Au moins au Palais Royal, l’Union fait la Force

Aujourd’hui le 21 juillet, c’est ici la Fête Nationale. Il y a une semaine, c’était aussi la Fête Nationale et il y a quinze jours c’était celle de l’Oncle Sam par exemple. Cela peut nous rappeler que c’est là une bonne occasion de prendre le pot tous ensemble à bord. Sous pavillon Français il n’y avait qu’une seule fête nationale, naturellement.
- Je ne sais pas si cela se fait encore, mais nous marquions le coup dignement lorsque je naviguais, en particulier chez l’ensemble CNDF, SNO et Internavis :
- Il y avait le pot de la Cie au salon auquel succèdait un repas dit "avec"... (plats, desserts et vins de précision)

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M/V Quinquela Martin. L’ex Van Dyck de la CMB en tenue Belgo-Argentine (cheminée Elma et robe orange)

A bord des navires Belges, cela se passait aussi pour la principale Fête Nationale du bord, le 21 Juillet. En 1830, la Révolution Belge mena à l’Indépendance en chassant les Hollandais.
- La première fois, nous étions en attente au mouillage à Santos. Nous avons au petit matin hissé le grand pavois, ce que je n’ai pas vu faire souvent. De surcroît, j’ai moi-même participé à cette "belle manip" avec tous les pavillons. Pour le faire, il fallait prendre son temps.

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Pour le 21 Juillet 2008, une vision stylisée de la situation du Royaume de Belgique...

Ma fonction de "Marconiste" (officier radio) impliquait l’obligation de faire en sorte que quoiqu’il arrive, l’émission hebdomadaire de la RTBF Radio 4 (en Ondes Courtes) pour les marins soit toujours et partout, correctement reçue pour être écoutée religieusement à bord chaque samedi.
- Cette longue émission commençait par la diffusion d’une chanson traditionnelle, un "shanti" anglais et la longue suite de position des quelques 100 navires portant le tricolore noir-jaune-rouge :

Orinoco, de Newcastle à Philadelphia eta le ... Plantin, Pocantico, Pocahontas, ..., Temse, Vesalius...

Tout cela était suivi par la suite des messages personnels enregistrés au téléphone venant généralement des épouses, puis par une revue de la presse maritime presque complète. Certaines semaines, pour terminer la "session" nous avions droit à un petit communiqué d’une Cie, d’un syndicat, ou bien un message gouvernemental concernant notre sujet préféré.
- Malheureusement, comme pour toutes les flottes Européennes à cette époque, ce n’était pas la saison des bonnes nouvelles... Ventes de navires etc...

Il FALLAIT d’autre part, que cela soit reçu par tous deux fois en Français et en Néerlandais. Cela permettait aux messages personnels des familles de passer deux fois. C’était fort astucieux car le bon peuple du bord y était comme "suspendu".

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Cérémonie pour la Fête Nationale le 21/7/2006. Ce n’est pas jour férié pour le Roi, ici surpris dans l’exercice de sa Mission

Pour chaque 21 juillet, le traditionnel discours Radio-TV du Roi représentait à bord la conclusion évidente de l’émission, pour ceux qui ne l’aurait pas entendu à l’heure Belge de diffusion "en direct" par la RTBF. Il ne fallait pas en troubler la réception par quoi que ce soit, j’aime autant vous le dire. Une particularité sympathique était la suivante à bord du Quinquela Martin (ex Van Dyck) :

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Le Van Dyck au Japon (photo Marc Van Mieghem en Belgische Koopvaardij)

Avec plus de 8 nationalités représentées à bord, la Fête Nationale de chaque individu à bord se devait d’être aussi l’occasion pour "l’intéressé" de payer un pot collectif évidement ! C’est ainsi que tout le mois de juillet 1987 fut "constitué" d’une fête nationale par semaine jusqu’en début Août, car nous avions un citoyen US à bord, et c’est encore plus rare, un Suisse.
- Nous étions à bord d’un navire civilisé.

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Ce paisible retraité n’est plus dangereux...

BARBECUE à bord
- Ce 21 juillet donc fut marqué comme il se doit, par un repas tous ensemble sur la plage arrière, avec nappes blanches sur tables en planches posées sur tréteaux. Comme nous étions au mouillage, il n’y eut qu’une seule victime du devoir, l’homme de veille en passerelle, qui fut relevé régulièrement.
- Durant ce banquet populaire de bord mémorable, notre unique matelot chilien à bord, Paolo Augusto Parodi nous a fait une démonstration inoubliable qui souligna que le vaste monde est souvent très dur avec les humbles, surtout ceux qui résistent.

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On peut se demander, comment ont-ils pu laisser faire cette photo ?

Ce type très sympathique manifestait souvent des tendances un peu paranoïaques compréhensibles lorsqu’on sait la suite... Dans ces zones tropicales d’autre part, nous sommes généralement en short et chemises à manches courtes. Lui jamais ! Il était toujours en pantalon et en manches longues. Ce jour-là, nous avons su pourquoi.
- Dans les nombreux pays qui "connaissent des problèmes", en allant pourtant sur place, les marins ne sauraient tout voir. Certaines choses se font en effet généralement avec "discrétion et pudeur"...

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En effet, notre matelot chilien a "disparu" à l’époque du putsch durant "seulement" deux semaines, pour avoir fait partie du syndicat des équipages de sa compagnie de navigation.
- Ce qu’il nous a raconté à bord du Quinquela Martin me fait encore froid dans le dos. Il revient de loin notre ami Paolo Parodi.
- Il nous expliqua d’autre part, que ces tristes méthodes "d’action politique" avaient commencé au Chili bien AVANT le 11 septembre 1973. On n’avait en effet pas attendu ce Général aux lunettes noires, qui lui-même pétait de frousse* "jour J" (lire la note en bas de page), pour se faire peur au Chili. Le système d’Allende était aussi inquiétant, et nous savons aujourd’hui comment cela s’est terminé. Mais c’est oublié ou passé sous silence.
- Pinochet avait une tête de parfait coupable !
- Paolo Parodi était l’un des dirigeants au niveau régional du syndicat des matelots de la Cie Nationale Chilienne. Moins de dix jours après le début (11 sept.73) du putsch, la DINA nouvellement créée, commença la chasse aux petits poissons après avoir capturé "les plus gros et les plus dangereux". (je cite ici la junte)

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Portrait officiel de Pinochet en tenue de président

A 06h00 du matin, il fut réveillé chez lui par des hommes en blouses blanches, déguisés en infirmiers et venus en ambulance. Tout fut "mis en l’air" chez lui, ses enfants furent battus et son épouse aussi.
- Elle n’échappa à d’autres violences, que parce qu’ils étaient pressés par le temps. Ils avaient en effet beaucoup de "travail" à faire et de nombreux "malades à prendre en charge"...

Il fut donc ainsi "embarqué" et porté "disparu" durant deux semaines, pour être finalement déposé dans une décharge publique après un traitement médical très "spécial" à la suite duquel il nous déclara avoir pourtant eu beaucoup de chance. La plus grande partie des disparus Chiliens sont ainsi réapparus, contrairement à leurs cousins d’Argentine.

Détenu dans une petite clinique privée (lui sembla-t-il), il fut presque tous les jours interrogé, pressé de questions très précises sur son métier et ses activités au syndicat des matelots de pont de la Empressa Linea del Chile. Pour le motiver à répondre, il était attaché durant chaque séance à plat dos sur une table, entièrement nu. Il fut "travaillé" par de nombreuses brûlures de cigarettes sur toute la surface de son corps, pour chaque refus de répondre comme pour chaque réponse insatisfaisante. On lui demanda où était la caisse et cela posa problème, car il n’était pas le trésorier...

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Etait-il aussi un homme romantique ? Sa photo de mariage fut plus réussie que sa réputation.

Certains tortionnaires jouaient des rôles de "gentils", tandis que d’autres jouaient celui des "méchants". Il se souvient même, que l’un d’eux était réellement un "gentil" entraîné là, on ne sait trop comment. C’est arrivé ailleurs qu’au Chili. Ce fut une chance pour beaucoup de détenus dont il avait la charge.
- Ces gens s’occupaient ainsi à tour de rôle des prisonniers.

Plus grave encore, un triste médecin veillait lors des "séances" à ce que le "patient" ne souffre pas trop, (ou pas trop peu ?) mais surtout, qu’il (ou elle) ne succombe pas d’une crise cardiaque à cause de la douleur.
- Chaque exercice physique dangereux doit se faire sous surveillance médicale... Disait ce médecin, qu’il n’a jamais revu, heureusement. Ce toubib ne doit pas se venter aujourd’hui de certaines activités médicales.

Lorsque les réponses étaient satisfaisantes, le patient (ou la patiente) était aussi bien que possible soigné(e), puis renvoyé(e) nu(e) en cellule avec les autres jusqu’à la séance suivante.

Finalement et en général, lorsque tout ce qu’ils désiraient savoir était obtenu et noté, le "patient" était "libéré pour bonne conduite", c’est-à-dire déposé "en l’état", dans une décharge municipale, ce qui finit naturellement par arriver à notre matelot Paolo Parodi...

Il nous raconta aussi, qu’une femme fut arrêtée par erreur le même jour que lui à cause d’une confusion sur son nom de famille. Elle fut libérée après deux jours de sévice avec des excuses écrites(!) signées sous les yeux des quelques prisonniers présents dans la salle d’attente !

D’autre part, un "accident médical" affecta beaucoup leur médecin qui refusa de travailler le reste de la journée en protestant avec virulence. On avait en effet trop "forcé" un "patient" durant une "séance" sans écouter ses avis médicaux. Ce pensionnaire-là fut de ceux qui sont restés disparus...
- Yé vé vous montré moouuah, cé qué cé, qué Pinochet ! disait donc Parodi en nous montrant toute ses brûlures. Il enleva sa chemise et son pantalon...

Voyant cela, nous sommes resté sans voix....
- Né mé parlé plou dé Pinochet... Disait-il.

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Le général président en visite officielle

SANS COMMENTAIRE...

Cela cassa un peu l’ambiance, mais nous avons naturellemnt changé de sujet, en continuant tous et toutes à boire un peu trop.
- On pouvait à ces occasions, parler de tout sans tabou, mais surtout pas trop longtemps...

Bien "navicalement" Thierry Bressol R/O

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Vue classique de B.Aires : la fameuse Ford Falcon

Note historique : * J’ai pu entendre l’Enregistrement d’une communication radio militaire entres les généraux putschistes à l’action à l’appui... C’était tout à fait surréaliste !
- Nos généraux, surtout ceux de l’aviation, pétaient de frousse le jour "J", car ils manquaient d’expérience probablement. Ce fut en effet le seul et unique coup d’état militaire survenu dans l’Histoire du Chili.
- Ce document sonor insolite et pathétique fut diffusé sur France Inter (164 Khz) le 11 septembre 2003 pour le trentième anniversaire de l’événement.
- Mais comment ont-ils obtenu cela ?

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Collaborateur proche et fidèle d’Allende durant 25 ans, jusqu’au 9 septembre 1973...

Le général Pinochet, chef d’Etat-major des armées nommé par Allende. Il fut un collaborateur et un ami de plus de 25 ans de celui-ci et se sentit peut-être contraint le 9 septembre au soir, de rejoindre le complot (dixit trois de ses complices) par opportunisme et par la peur d’un autre complot.
- En effet, s’il "arrêtait celui-ci" comme il aurait dû et comme il s’apprêtait à le faire, un autre putsch aurait probablement réussi plus tard, tellement la situation du Chili était devenue instable. Pinochet risquait donc la prison ou pire en restant à son poste.
- Il décida donc dans le feu de l’action de capturer à sa façon les comploteurs... Pour moi, il a déserté et trahi sa hiérarchie.

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Ce n’est pas arrivé. C’est même pour éviter ça, qu’il a décidé de rejoindre le complot le 9 Septembre

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A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur


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