Souvenirs de mer

11 juillet 2005

Visite d’une future épouse à bord du câblier de garde

Mon expérience professionnelle aux Câbles Sous-marins ne fut pas marquée par un ou des évènements exceptionnels. Pour cela, il fallait peut-être y rester plus longtemps.
- J’ai principalement découvert une autre manière de naviguer.

(corrigé le 20 Juin 2008 et mis à jour le 24 Déc.2008)
- Le Navire Câblier Raymond Croze est parti en mission (le 22 Déc. 2008 un exemple concret et récent)

Cette fois, il ne s’agissait pas d’appareiller pour aller quelque part en notre vaste monde pour apporter ou rapporter toutes sortes de marchandises, mais de se rendre en un point précis au large, généralement en pleine mer, pour y effectuer des travaux dont la nature exacte resta pour moi totalement mystérieuse jusqu’à mon premier embarquement avec la DTSM.

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La darse des câbliers (et le Descartes) vue du centre ville de La Seyne

Pour quiconque "vient du commerce", un navire câblier est un autre monde. Cela reste bien évidemment un navire commercial, mais sa vocation de navire de travaux change bien des choses, par rapport à n’importe quel porte-conteneurs, cargo classique ou bien un grand minéralier-vraquier.
- Mon premier étonnement fut la découverte suivante, un câblier transporte quand-même quelque chose, du câble évidemment ! Je n’y avais pas pensé, faute de m’être vraiment posé la question au préalable. Et cela ne se fait pas dans des cales, mais dans d’étranges cuves cylindriques qui soulèvent toujours la surprise lorsqu’on voit cela pour la première fois. Non pas que cela soit gigantesque, telles les immenses cales du minéralier Belval ou les citernes du supertanker Esso Normandie. Mais je fus très impressionné et surpris par la façon dont le câble est chargé, puis manutentionné et manipulé lors des opérations de pose ou de réparation.

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Navire Câblier Raymond Croze en 1989. Pas de symbole "France Telecom" ? Peinture des cheminées en cours !

D’autre part, un câblier n’est pas un grand navire. Le grand Francais Vercors et "mes" câbliers Croze et Thévenin sont nettement plus petits que les autres navires que j’ai "pratiqués" sauf un, le petit Sea Intrepid de 82 m et 4000 T de PEL.
- Ma seconde surprise fut le grand nombre de personnes à bord, puis la troisième fut la composition des équipages. Les deux équipages devrais-je dire, pour ne pas dire trois !
- Au delà des "marins" et de l’équipe "Telecom", (dits "les missionnaires") il n’est pas rare d’avoir en effet à bord quelques représentants de l’organisme client des travaux en cours et même du constructeur du câble ou celui des répéteurs. Tout cela m’étonnait et me captivait.

De surcroît, cela se passait en 1989, au début des nouvelles applications utilisant la technologie des fibres optiques. Les missions n’étaient par routinières par la nature même de ce travail fort délicat, mais la fibre optique dans ses premières utilisations sous-marines, ne se laissait pas faire. Je me souviens d’expéditions pleines de surprises et de problèmes techniques difficiles, qui ne furent définitivement résolus et devinrent de la routine seulement quelques années plus tard.

Ma quatrième surprise fut la découverte de l’activité elle-même, et le style de la vie du bord :
- Rien a voir avec le commerce, ou presque !
Lors de ma navigation, je me suis parfois posé la question suivante :
- Mais qu’est-ce qu’ils fabriquent donc ?
Cela m’arrivait surtout en recevant un avis aux navigateurs du genre suivant :

- "Navarea II - FFL - Iles Canaries -
Navire câblier Marcel Bayard en operation
du ../../.. a ..h.. GMT au ../../.. a ..h.. GMT
sur la zone delimitee par les points aux psn suivantes :
North .. West .. , North .. West .., etc...
Ne pas gêner les travaux en cours. Prendre un large tour."

Pour chacun de ces messages, je m’interrogeais. Cela représentait pour moi à l’époque un des grands mystères de la Mer.... Durant cette période [1989 - 1991], les deux câbliers Raymond Croze et Léon Thévenin connaissaient l’un en méditerranée et l’autre en Atlantique, alternativement des périodes d’activité assez soutenues puis des séjours plus ou moins longs à quai.

A cette occasion en "stand-by", le navire par contrat devait être toujours prêt tel un scout, à partir au plus tôt, dès l’annonce d’une demande de mission (en général pour intervenir sur un câble défaillant). Nous étions selon l’expression en vigueur :
- "A 24 heures de l’appareillage."

Evidement, personne ne devait trop s’éloigner du bord, en dehors de son temps de travail. Fatalement, au bout de quelques jours de cette situation assez particulière qui pouvait durer plusieurs semaines, une vie au ralenti s’installait à bord.
- Se succédaient alors de nombreux travaux d’entretien ou de transformation divers, plus ou moins routiniers, ou bien des réparations à la machine qui ne peuvent pas être effectuées en mer, et encore moins durant les opérations câblières.
- A bord d’un navire, il y a toujours quelque chose à faire, et cela est vrai très en particulier à bord d’un navire câblier même à quai !

Pourtant, le bon peuple de La Seyne Sur Mer avait parfois la fausse impression qu’il ne se passait rien, en voyant le Croze rester immobile à quai. Le cas du Léon Thévenin était fort comparable, mais il séjournait a Brest, tenu de veiller pour l’Océan Atlantique. Il doit être peu utile de préciser à quiconque connaît mal ce petit monde l’évidence suivante :
- La plus grande partie du personnel des bords résidait donc dans les environs de Brest ou de La Seyne ! Cela est, que l’on soit de statut "Marin" ou de statut "Telecom". En d’autres termes, presque tout le monde en n’étant pas de service à bord, avait pris l’habitude tout naturellement de passer la nuit chez eux. Alors, la situation pouvait se comparer avec celle de ceux qui travaillent à terre, comme le reste du monde. Mais un détail changeait tout :
- A tout moment, cela pouvait être bousculé par un télex ou un fax.

Lorsque cela durait un peu, venant du long-cours, je me suis surpris à penser que cela représentait une tendance à prendre des mauvaises habitudes. Le navire était souvent presque désert en dehors des heures ouvrables, sous la garde de quelques "victimes du devoir", le service de garde à bord à tour de rôle.

En fait, restaient surtout les "portugais", le surnom des membres de la seconde catégorie des gens du câble :
- Ceux dont le domicile se trouve loin des deux pôles des Câbliers Francais. Ceux-là couchaient en général à bord, comme au long-cours.
- Dieppois, je faisais donc partie de ces "portugais". Mais pas plus que les autres, je n’oubliais mon petit confort de vie ! Personne ne sait pourquoi on disait "portugais"...

En effet, chaque week-end en ces périodes, Dany [mon amie de l’époque] prenait un avion d’Air Inter pour me rejoindre deux jours à bord. Elle était étudiante en Maîtrise E2A et pionne dans un lycée.

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La plage du Jonquet, près du cap Sicié

Lorsque cela arrivait durant les vacances scolaires, elle s’installait à bord, mais aussi pour préparer ses examens en colonisant de la sorte ma cabine et une partie du local radio avec ses nombreux livres et classeurs.

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La plage du Jonquet, près du cap Sicié

En Eté, cette situation n’était pas désagréable, même si de fait nous étions l’un et l’autre loins des vacances !
- Une suite de malheureuses coïncidences dues simplement au mauvais hasard, eut pour effet qu’elle ne fut pas toujours bien vue à bord :
- Au moins cinq fois de suite, je suis allé la chercher à l’aéroport pour trouver à notre arrivée à bord l’ardoise fatidique en haut de la coupée annonçant la pénible nouvelle en cette circonstance, du départ imminent. Alors, il ne restait qu’une chose à faire :
- Elle n’avait plus qu’à prendre le premier avion le lendemain pour le retour. En effet, aux câbles sous-marins, ce n’est pas comme au long-cours Belge !
On n’embarque pas de femme, et on emmène encore moins en mer les épouses ou les fiancées... Nous étions alors fort déçus de cette mauvaise circonstance impossible à prévoir, même si c’était toujours probable. De toutes façons, nous sommes payés pour ça pensais-je...

Les trois premières fois, tout le monde compatissait à ce voyage par Air Inter pour fort peu de temps. La quatrième coïncidence ne passa pas inaperçue. En voyant son joli minois apparaître en haut de la coupée le matelot de garde nous fit la réflexion suivante pour rire :
- Vous nous apportez aujourd’hui encore l’ordre de départ ?
- Ah non ! Surtout pas !
Puis moins de dix minutes plus tard, nous recevions le Fax fatidique...
Après cela, j’ai su qu’à l’équipage, certains n’aimaient plus vraiment la voir arriver à bord... Trop souvent, voir son joli minois "signifiait" ou annonçait virtuellement la "mauvaise nouvelle"...

Pourtant l’un des novices-pont savait apprécier sa présence :
- Il ne dédaignait pas tenter de voir ce qui se passait chez moi, en traînant la nuit dans la coursive extérieure de bâbord...
Ce n’était pas pour regarder le matériel radio par les sabords, à côté de ma cabine, je suppose...
- C’est en m’apercevant de ça que j’ai fini par penser comme les autres, que les novices ont parfois besoin d’un coup de pieds quelque part.

Bien navicalement - Thierry Bressol OR 1

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A bord des navires câbliers, on mangeait presque aussi bien qu’à la Cie de Navigation Denis Frères.
(La fin d’année à bord chez France Telecom, avant la "mécanique Orange" !)

Merci au site Mer & marine :
- Femme importante à bord

Les femmes à bord

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Scène de vie à bord du supertanker "Esso Europoort"

- Visite d’une future épouse à bord du navire câblier de garde
- Le lest du diable 1
- Le lest du diable 2
- Navire civilisé
- Mourir d’amour à Dieppe
- Le Davos, navire Suisse

NAVIRES CABLIERS

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Navire Câblier Raymond Croze en 1989. Pas de symbole "France Telecom" ? Peinture des cheminées en cours !

- Le NC Léon Thévenin à la pêche au VCR
- Visite d’une future épouse à bord du navire câblier de garde
- Officier de Garde & Arrêt Technique

- Le NC Marcel Bayard en travaux câbliers par Claude Marguerie
- Le NC Raymond Croze en mission 1
- Le NC Raymond Croze en mission 2
- Le NC Raymond Croze en mission 3
- Le NC Raymond Croze en mission 4
- Le NC Raymond Croze en mission 5
- Le NC Raymond Croze en mission 6
- Le NC Raymond Croze en mission 7
- Tube de l’Eté : La Lambada et le Communisme

- Le navire câblier Vercors et Michel Bougeard
- Quelques questions de câbles sous-marins
- Le nom du navire câblier Raymond Croze

- La guerre des Câbles sous-marins A propos ! J’ai été sympathiquement piraté :
- L’USS J. Carter et Agoravox pour illustrer mes explications.
- Intox ? Napoléon, la Marine et l’avance technologique...

- Câbles sous-marins et détroits
- Navires Câbliers et "bateaux noirs"
- Le trésor des câbles sous-marins
- Les pêcheurs et "la croisière s’amuse"...

Merci au Cdt Cozanet qui a su prendre quelques bonnes photos à ma place :
- Thévenin

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur


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